Entre gauche maladroite et gauche bien à droite

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Ce n’est un secret pour personne : idéologiquement, les gros partis politiques doivent rassembler larges en vue d’espérer gagner les échéances électorales importantes. Ceci est dû pour partie aux modes de scrutins souvent déplorables que met en place la vieille Vème république et qui exigent soit d’être premier, soit des accords électoraux d’appareil. Face à cela, le PS comme l’UMP composent, et même le FN, qui se revendique pourtant anti système, est obligé de se plier à l’exercice qui consiste à ratisser lourdement sa base électorale. Quand on n’est pas au commande des affaires du pays, il est assez simple de faire taire les dissensions et les diverses courants internes en faisant se rassembler tout ce beau monde contre le pouvoir en place. A l’inverse, quand on est au pouvoir, c’est un peu plus touchy mais on peut tout à fait faire le mouvement inverse en faisant s’unir de force la famille autour de la légitimité de l’élection présidentielle et du gouvernement qui en découle. Ce genre de stratégie fonctionne généralement très bien à droite car, de manière un peu caricaturale, on peut dire que l’ordre et l’autorité font parti de leur façon de concevoir la société. A gauche, ou du moins ce qu’il en reste au PS actuellement, c’est beaucoup plus compliqué.

Le bordel et le débat permanent à gauche sont des schémas classiques qui continuent de se reproduire aujourd’hui mais à une grosse nuance près, celle d’un glissement idéologique en place depuis quelques années. Déjà lors de l’élection de François Hollande, on avait senti les tensions se faire de plus en plus fortes au fur et à mesure que la victoire devenait une réalité de plus en plus probable. Déjà lors de la présidence Sarkozy avait t’on senti par moment comme une secousse qui avait remué régulièrement la tranquille vie de principale opposition du PS. On pourrait aligner comme cela les déja vu et revus de ces dernières années qu’on arriverait à la même conclusion : le PS dérive fortement vers le centre, c’est à dire la droite libérale. On pourrait multiplier les raisons à cela, selon moi le mouvement du PS est principalement dû à une victoire idéologique de la politique de méfiance voire de peur de la droite sur l’emploi, les aides sociales, l’immigration et l’identité nationale qui trouve terrain fertile dans la progression de la pauvreté de notre société ainsi que celle d’une actualité internationale anxiogène. Pour mieux assoir leur pouvoir, les gouvernement démocratiques cèdent de plus en plus à la tentation d’une politique de l’intimidation et de promotion de la sécurité et de la réussite individuelle qui fait mouche chez une grande partie de la population peu abstentionniste. Rien de tel qu’un environnement hostile de cette nature pour relancer la guerre des 2 gauches.

La guerre des 2 gauches est habituellement une expression un peu fourre tout mais qui a le mérite de fort bien illustrer les conflits internes à cette famille politique. Pour donner un exemple, imaginons une entreprise lambda qui négocie avec 2 syndicats A et B. Suite aux négociations, le patron propose un deal où en échange de sacrifices de la part des salariés, il s’engage à garder les emplois pendant quelques années. De ce problème découle un conflit entre 2 visions du monde, l’une, celle de A, qui accepte les règles pour essayer de les faire progresser et l’autre, celle de B, qui remet en cause les principes du dispositif. En conséquence B refuse de signer là où A accepte. Ces 2 visions sont irréconciliables sur le fond et jusqu’à présent lorsqu’elle est arrivée au pouvoir, la gauche, soumise aux pressions des marchés comme de l’Union Européenne et d’une classe politique vieillissante comme d’une presse majoritairement hostile à ce qui remet en cause l’ordre, se résout toujours à faire du B même là où elle avait plutôt promis du A.

Aujourd’hui, au vu du contexte décrit plus haut et comme ils sont plutôt pragmatiques par nature, les leaders de B considèrent qu’ayant perdu la bataille des idées, il convient de se déplacer pour remporter des suffrages tandis que les leaders idéologiques de A préfèrent combattre le mouvement et donc gardent leurs positions renforçant d’autant plus le difficile exercice du grand écart nécessaire pour garder debout le parti. Heureusement pour le PS, DSK se mettant hors-jeu de lui même et les gentils français ayant suivis le candidat que les médias sponsorisèrent pour son remplacement, François Hollande, ils se sont retrouvés avec l’homme qu’il fallait à ce moment là. Car en matière de synthèse forcée, l’homme en a une expérience peu commune et plus d’une fois il sut mettre tout son poids dans des batailles pour se retrouver fin comme une danseuse étoile virevoltant au delà des divergences de façon gracieuse. Le montage fit illusion le temps d’une campagne présidentielle conclue par un « Moi président, » où chacun voyait derrière ce moi de l’autre, le sien propre.

Une fois au pouvoir, Hollande tenta de maintenir cette unité de façade en nommant volontairement un gouvernement d’huiles qui graisserait les roues entre les différents courants d’eau que représentaient les autres ministres. La machine tomba rapidement en cale et aujourd’hui elle est piloté par un capitaine aveugle de l’oeil gauche tandis que le moteur ne tourne plus cahin-caha que grâce à l’autorité désuète que confère la Constitution au gouvernement et les règlements des assemblées du Parlement. Ainsi, entre gauche maladroite et gauche bien à droite, vogue dans une drôle de galère ce qu’il reste de la majorité présidentielle.

Cependant, plus le temps passe, plus les écarts semblent impossibles à résoudre entre les multiples gauches. Car désormais que ce soit A ou B, chacun se redivise aussi en interne comme dans une caricature de mouvement d’extrême gauche. Pire, certains sous groupes de A se doivent de travailler avec d’autres de B tout en veillant à ce qu’au final le gouvernement très A ne soit jamais désavoué. Pire, Manuel Valls, un A très prononcé, sous la pression de nouveaux B et pourtant anciens A, décide d’enclencher la marche forcée à droite de plus en plus virilement. Là haut, le président A très impopulaire, semble s’en moquer. Il aura pourtant bien besoin de la somme des A et des B pour espérer repasser. Or, en l’absence de cap rassembleur de sa part, chacun se sent libre d’avancer ses pions et l’écart se creuse de crise en crise, ce qui finit par amener à ce problème mathématique absurde : dans l’équation A + B > 50% , que fait-on si le + est brisé à part multiplier les problèmes et les divisions ?

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