Un homme est mort

Un homme est mort. Un jeune botaniste bénévole de 21 ans, Rémi Fraisse, est mort le week-end dernier lors d’affrontements avec la police sur un des lieux de manifestions contre le barrage de Sivens. A ce tragique incident s’est succédé le silence médusé de toute une classe politique qui pourtant avait fait preuve d’une rapidité extraordinaire à la dévotion et aux condoléances lors de la mort récente de l’ex-patron de Total. Rémi Fraisse ne dinait probablement pas en ville (expression élitiste qui signifie hypocritement « à Paris ») avec des responsables de la droite, du centre ou du PS. Il n’était qu’un simple diplômé de BTS bénévole , ses fleurs étaient probablement loin d’être aussi officielles que celles de ceux qui peuvent prononcer des regrets qui le sont tout autant. Pire, plus l’enquête avance et plus l’odeur de la bavure semble se répandre. En tout cas, la responsabilité semble clairement, à l’heure où j’écris ce texte, se situer du côté d’une arme policière. Si quelques paranos et/ou anars et/ou autres assoiffés de révolution violente n’ont même pas pris le temps d’enterrer le cadavre pour stupidement beugler à l’assassinat d’Etat, le silence de ce dernier a de quoi rendre stupéfait tant on s’approche symboliquement de la violence d’une mort comme celle de Malik Oussekine.

Or, jusque là, on a surtout eu droit à du victim shaming de la part de la plupart des formations politiques qui se seraient bien gardés de réagir si les Verts n’avaient pas eu le réflexe de remuer la cloche. Fillon, qui se rêve en Tatcher français sans les cheveux mais avec les coupes budgétaires, feint de ne pas comprendre les raisons des manifestations écolos de manière général tandis que le gouvernement s’enferme dans de très mous mots de compassion bien vite écrasés sous le poids de la protection immédiate accordée au ministre de l’Intérieur et aux forces de police. On est pas passé loin d’entendre « Avec une robe aussi courte, pas étonnant qu’il se soit trouvé dans l’explosion ! ».

Pas de bavure officiellement donc, Cazeneuve tient à son poste, ce qui amène dans une conclusion, aussi logique et raisonnable qu’une Une de Valeurs Actuelles, le ministre de l’Intérieur de retirer malgré tout l’arme incriminée. En toute innocence bien sûr. En réalité, ce qui gêne très largement cette brave union droite-PS, c’est qu’elle n’a rien à répondre à cette contestation de société et que la responsabilité de plus en plus avancée de la police donne des billes aux Verts auxquels nos amis d’un jour ne peuvent politiquement donner raison sans se renier. Surtout le jour où ces derniers refusent de voter le budget voulu par l’UE. Reste qu’un homme est mort et que, comme le chantait Renaud dans un de ses plus grands textes, les charognards sont là, la mort ne vient pas seule.

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