Le vote obligatoire, une mauvaise solution… pour l’instant

C’est un marronnier de la vie politique française qui, tel la proportionnelle pour les élections législatives, revient à nouveau sur le devant de la scène. Soutenu par diverses personnalités dont notamment le président de l’Assemblée Nationale ou le co-président des députés du groupe écologistes, le vote obligatoire fait aujourd’hui la Une de Libération qui pose cette question simple : “Et si on essayait ?”

A première vue, l’idée d’un essai peut paraître tentant. Pourquoi ne pas donner sa chance à une méthode radicale de lutte contre l’abstention, un problème connu de tous, après tout ? Sauf que c’est oublier que le vote obligatoire est de ces réformes sur lesquelles il est difficile de revenir en arrière une fois instaurées et surtout qu’il n’y a guère besoin d’essayer pour se rendre compte des vrais problèmes qu’il pose.

Discipline

Dans l’esprit, le vote obligatoire vise à forcer le peuple à donner son avis et à lui imposer une discipline citoyenne. Sauf que qui dit discipline sous-entend fatalement sanction. Or, nul ne sait encore quelle sanction il faut appliquer à un non-votant pour que le processus soit efficace. Je ne parlerais pas ici de l’idée de retirer des gens des listes électorales étant donné que c’est une solution complètement absurde qui reviendrait à dire “Eh ben tu seras privé de légumes” à un gosse qui refuserait de toute façon d’en manger. Une solution plausible et pas trop compliquée serait de recourir à l’amende sauf que cela créerait une inégalité nouvelle devant le vote. Le riche pourrait facilement s’en passer tandis que le pauvre lui serait contraint de se déplacer à son bureau de vote.

Outre ce problème de sanction, toute discipline est basée sur une autorité légitime. Personne n’accepte d’être mis au pas ou contraint par une autorité non légitime. Or, qui a moins de crédibilité aujourd’hui que la sphère politique ? Je ne parle pas des âneries du type “Oh la la ils sont 20 dans l’hémicycle, qu’ils commencent par voter eux même trololo” dont j’ai parlé la dernière fois mais bel et bien de légitimité de manière générale. Or, s’il y a bien une chose que démontre les taux d’abstention élevés ainsi que , pour une certaine partie, le vote FN c’est qu’une part de plus en plus importante du peuple français ne croit plus en la politique. Imposer dès lors le vote, et donc la restriction d’une liberté, apparaît donc comme une solution brutale venant d’une autorité au bord de la panique.

Consensus

Le vote obligatoire semble donc plus vu comme une solution désespérée prônée par une classe politique qui ne sait plus quoi faire que comme un véritable enjeu démocratique. La liberté de ne pas voter est une liberté qu’il m’est déjà arrivé d’utiliser lorsque le scrutin m’apparaissait calamiteux (européennes 2010) ou tout simplement inintéressant (2nd tour départementales 2014). Cependant, cette liberté n’est possible que parce qu’il existe aujourd’hui des raisons légitimes pour l’appliquer. Le peu de reconnaissance du vote blanc, désormais comptabilisé en dehors des abstentions mais toujours pas dans les exprimés, et le système d’inscription trop strict en sont les principales.

Un consensus serait donc possible sur le vote obligatoire mais son application légitime nécessiterait donc, à mon sens, toutes ou presque toutes les conditions suivantes :

  • L’intégration du vote blanc dans les suffrages exprimés
  • Un système d’inscription possible jusqu’à 1 mois avant le scrutin et dans une ville différente de son habitation principale
  • La proportionnalité des sanctions face aux revenus.
  • La révision des modes de scrutin.

On en est aujourd’hui très loin.

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