F(r)actures grecques.

Ce n’est pas la chaleur qui rend fou les éditorialistes, les politiques ou les économistes français mais bel et bien le référendum grec. On se croirait revenu en 2005 où la matraque médiatique du oui était devenu hystérique devant la montée du non. Le même scénario se rejoue là avec une attaque politique en règle d’un groupe allant du PS à la droite libérale pressés de prendre leur revanche sur le seul gouvernement de gauche de l’Union couplé d’une attaque idéologique de bon nombre de journalistes eurobéats ulcérés à l’idée qu’un pays refuse une politique européenne qu’il juge, tels des Tatchers de pacotille, sans alternative. Cependant, ce n’est pas parce que je ne partage pas du tout leurs objectifs comme leurs méthodes de dénigrement du gouvernement Syriza qu’il faut nier que le camp du oui a raison de dénoncer les conditions d’organisation du référendum.

Oui, ce référendum, même si il est en écho à une politique salutaire de résistance à l’idéologie dominante de la droite européenne, pose sérieusement problème. Dans le principe, il n’est certes jamais mauvais d’en revenir au peuple pour prendre une décision d’ampleur mais cette opération doit se faire de façon propre pour qu’aucun camp ne puisse se sentir lésé. La question doit être claire et compréhensible par tous (ce n’est pas le cas ici pas plus qu’en 2005), la campagne doit se faire sur suffisamment de temps pour permettre à la population d’imprégner la question (ce n’est clairement pas le cas) et les enjeux clairement définis (ce n’est pas non plus le cas). Personne ne connaît aujourd’hui précisément les termes de l’accord et personne ne peut non plus prédire les conséquences concrètes du « oui » comme du « non ». De la même façon, on ne peut que déplorer le bien peu de respect du temps parlementaire (séance d’urgence en pleine nuit du Parlement pour faire adopter le principe du référendum) comme l’impossibilité concrète pour une opposition prise au dépourvue de faire réellement campagne.

Dans de telles conditions, la zizanie des débats, l’emballement du rythme des évènements, le renforcement de l’éloignement de l’Union des peuples ainsi que la forte augmentation de la violence du ton des échanges sont des conséquences infiniment dommageables que ne réglera ni un « oui » pas plus qu’un « non ». En regardant les réseaux sociaux, on assiste à un spectacle navrant où chaque camp semble détester l’autre de plus en plus fortement à mesure que passent les jours. Ironiquement, on se souvient peu des débats de 2005 tant le traumatisme de l’adoption par voie parlementaire du traité de Lisbonne, quelques années plus tard, est resté et restera pour encore longtemps le symbole même de trahison de la classe politique du « Oui » envers le peuple du « Non ».

Une fois le constat posé se pose immanquablement la question de la responsabilité. Le « Oui » accusera Tsipras, le « Non » l’intransigeance des créanciers, de l’Union et du FMI. Et l’on repart alors dans un éternel et vain débat où chacun se balance ses certitudes sans avoir l’intention d’écouter celles d’en face. Et au milieu morfle le pauvre peuple grec.

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