Chaos grec et désunion européenne

Qu’il est loin le rêve européen ! Qu’elle est loin la victoire du NON ! Ainsi donc, la conclusion de réunions interminables se résume à l’écrasement par la coalition des faucons, avec à sa tête le gouvernement allemand, de la Grèce. Déjà fortement touchés par la misère, les menaces et les peurs, les grecs vont retrouver des dirigeants en lambeaux qui, avec l’appui des français et des italiens, ont donc plié et accepté une reddition sans autre avantage pour eux que d’éviter la mort économique. « Le flingue sur la tempe », Tsipras a donc signé et est forcé aujourd’hui d’assumer « la responsabilité d’un texte auquel (il) ne croit pas ».

Si j’avais dit ici combien le référendum grec posait problème dans son organisation, que dire aujourd’hui de la pression européen qui veut forcer le Parlement grec à voter d’ici quelques heures des textes entiers de mise sous tutelle du pays sans véritable débat contradictoire. Là dessus, les eurobéats n’ont donc rien à dire, tout est normal, on lit même ici ou là qu’au fond il ne s’agit rien de plus qu’un nouvel accord bruxellois. Rien que normal donc même si il aurait été bon, si on avait le sens macabre du spectacle, pour que tout soit plus clair que Tsipras le signa à Versailles. Les jours à venir s’annoncent sombres.

D’abord pour les grecs à qui ont veut faire subir un plan humiliant qui ne servira à rien (quel argent chercher, quelle relance avoir dans un pays déjà complètement ruiné) et qui pourraient être tentés, si on leur laisse à nouveau organiser des élections, de suivre la voie de l’euthanasie nationale en élisant l’extrême droite à la tête de leur pays. Déja le chaos s’empare de Syriza qui fatalement se retrouve au bord de l’implosion entre les légitimistes d’un côté et ceux qui n’accepteront jamais ce qui a été signé dimanche. Des démissions ont déjà eues lieues, d’autres viendront probablement. Et au fil des heures qui passent, le gouvernement grec va se retrouver prisonnier des délais imposés par l’Allemagne et ses complices ainsi que de la dureté du traitement que l’UE entend infliger à ses citoyens.

En effet, la Grèce n’est pas, du moins pas encore, une colonie qu’on gouverne à la baguette. Des institutions existent et on ne met pas légalement sous tutelle un pays sans passer par des procédures parlementaires et administratives. C’est une donnée que visiblement oublie souvent les élites de l’Union mais, jusqu’à preuve du contraire, les membres de l’Union ont des démocraties nationales qu’il conviendrait de respecter. Mais l’on sait depuis le coup de projecteur mis sur l’organisation de l’Eurogroupe, des réunions de ministres des Finances non définis par les traités sans comptes-rendus ni votes, que le respect des élections n’est pas la qualité principale de l’Union. Beaucoup plus claire est en revanche sa volonté de détruire de façon écrasante et humiliante toute tentative d’échapper à l’ordre économique et politique majoritaire transformant ainsi le rêve européen en cauchemar autoritaire et cruel.

Dotée principalement d’élites sans vision ni compréhension des souffrances populaires et imbibés d’une culture économique cynique et froide qui ne voit la solidarité que dans une politique austéritaire, l’Union fonce dans le mur aveuglé par la lumière combinée de ses différents égoïsmes. Son nom même devient une tromperie et le seul moyen de rendre à nouveau propre la maison commune nécessite la même méthode que pour nettoyer son propre appartement : un grand coup de balais. Mais quand on voit le sort fait au gouvernement Tsipras ou la similarité de la politique économique de François Hollande en France avec celle de l’Allemagne de Schroder, on ne peut être que pessimiste devant la possibilité de la grande remise en cause nécessaire des élites comme des peuples.

L’Union peut donc souffler, la Grèce finira probablement par gentiment s’euthanasier son indépendance sans bruit, la catastrophe n’est pas pour aujourd’hui. Elle attendra peut être 6 mois, 1 an, ou un peu plus. Un peu plus encore monsieur le bourreau.

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