Irréconciliables

Personne n’en doutait et il faut bien reconnaître, pour une fois, que Manuel Valls n’exagère pas le diagnostic lorsqu’il déclare qu’aujourd’hui « Il y a deux gauches irréconciliables ». A condition de s’imposer le périlleux exercice de gymnastique intellectuel qui consiste à encore considérer le national libéralisme de Hollande et Valls comme une composante de la gauche, la conclusion de Valls est exacte. Ceci dit, il n’a que peu de mérite car, depuis sa prise de pouvoir, l’homme a tout fait pour en arriver là et avec succès il a décidé mois après mois, avec le silence approbateur de l’Elysée, d’humilier ce qu’il restait de la gauche sociale au PS. C’est ainsi qu’en véritables adepte de la finesse politique sarkozyste, Hollande et Valls ont donc décidé de ne pas négocier et de prendre appui sur l’autoritarisme constitutionnel typique de la croulante Vème République pour imposer leur texte au détriment de tout débat. Plutôt la force que le risque de perdre un vote, cela en dit long sur la mentalité obsolète d’un gouvernement tellement autoritaire qu’il ne cesse de réclamer sa dose d’Etat d’Urgence depuis des mois.

Et pour finir de rire jaune de ce navrant tableau, rematez donc l’un des derniers sketchs, il paraît qu’on appelle ça un discours officiel, de Hollande déclarant que ce texte était de compromis. Ayons aussi une pensée pour la CFDT qui s’est résignée à soutenir un texte désormais ôtée de toute légitimité démocratique. Le 49.3 et le rejet à 99.9999% certain de la motion de censure peuvent-il pour autant déclencher un réel mouvement de contestation ? J’aimerais y croire mais j’ai appris en 4 ans à passer de déception en déception.

Pour être juste, il convient toutefois de noter que la situation n’est guère mieux en ce moment en face entre un FN dont on ne peut que contempler l’absence d’idée qui se traduit par un stratégique silence et une droite qui se perd au jeu du qui sera le plus ultra-libéral et conservateur. Ailleurs, le bilan n’est pas vraiment joyeux non plus. Nuit Debout s’avère toujours être un fouillis sans nom ni visage dont l’utopique horizontalité et la paranoïa anti hiérarchique bride de toute influence efficace. #OnVautMieuxQueCa s’est déchiré et tout reste encore à y faire. La primaire à gauche est morte-née tant le gouvernement s’acharne à démontrer jour après jour l’irréconciliabilité des positions. Les frondeurs sont une vaste blague qui n’oseront probablement jamais passer à la véritable action (quitter le groupe PS et en former un autre). EELV est un astre mort et Mélenchon a encore à démontrer sa capacité à tenir sur la longueur.

Dis comme ça, la situation semble désespérée et elle l’est car en choisissant de ne pas résister aux pressions européennes et en empruntant la voie du reniement permanent, Hollande entendait imposer à sa gauche de disparaître électoralement sous la pression d’un réalisme si cher aux éditocrates. Cela aurait pu marcher si les résultats étaient là pour faire oublier les promesses de campagne et la récupération de l’idée FN de déchéance de la nationalité. Mais on ne change pas une politique qui perd et, faute de réel espoir et d’exemplarité, le pays apparaît aujourd’hui comme extrêmement las et dépité. Prétendre que tout va mieux semble raisonner au mieux comme une mauvaise vanne, au pire comme une provocation inutile. Ne reste que 2017 alors ? Mais ça c’est encore loin, très loin même si malgré tout une chose demeure certaine : plus qu’irréconciliables le camp Hollande-Macron-Valls et le camp Mélenchon sont désormais, à moins d’un nettoyage politique de grande ampleur, destinés à l’échec électoral mutuel.

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