Les réferendums ne sont pas une solution magique.

La France a une relation extrêmement complexe et paradoxale avec les référendums.

D’un côté, on a affaire, suite à la victoire du NON au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen en 2005, à une classe politique traumatisée par l’exercice et, qui plus est, demeure aux yeux de beaucoup, dont les miens, coupable de s’être ensuite assise sur ce vote en approuvant le traité de Lisbonne par la voie parlementaire. Cet événement est devenu au fil du temps le péché originel et le symbole un brin survendus de la défiance ininterrompue et puissante envers la classe politique qui traverse toute la société française et qu’on retrouve d’élection en élection.

D’un autre côté, on trouve un peuple français qui a faim de référendum et qui regarde bien souvent ses voisins suisses (très régulièrement appelés à se prononcer par référendum) avec beaucoup d’intérêt et d’envie. Cette jalousie est aussi la conséquence de cette absurdité complète qu’est le système électoral et institutionnel de la dépassée Vème République. On y vote une fois tous les 5 ans et tout le reste se règle dans un système d’influence médiatique et technocratique où seuls ceux qui montrent les muscles obtiennent quelque chose.

Le Front National ne s’y est d’ailleurs pas trompée puisque la famille Le Pen, tous membres confondus, ont toujours mis en avant, avec la subtilité démagogique qui les caractérise, ce moyen pour le peuple comme le remède infaillible pour se venger des élites qui l’auraient toujours trahi. Mais, et on y reviendra dans un futur billet, la vengeance n’est jamais une bonne solution politique. Toutes les solutions qui se sont basé là-dessus ont échoué, échouent encore et échoueront toujours demain. Le FN n’est d’ailleurs pas le seul à jouer à ce jeu-là. De tous bord ou école, quand des élus ou des militants sont bloqués devant ne situation pourrie ou peu favorable, bien souvent ils en appellent la bouche en cœur à la solution référendaire, à écouter la voix du peuple qu’ils oublieront ou contesteront une fois passée de l’autre côté du pouvoir et des majorités.

Pourtant, et le Brexit le prouve, le referendum peut facilement se transformer en une arme nucléaire démocratique extrêmement dangereuse lorsqu’elle est mal employée. Ainsi, le réferendum sur la sortie du Royaume Uni de l’Union est un piège monstrueux organisé par le camp conservateur contre son propre peuple. Sur une question aussi fondamentale que la destinée de son propre royaume, les électeurs britanniques se sont retrouvés piégés à devoir choisir entre un tout ou rien. Qui plus est , ils se sont coltinés pendant des semaines une campagne calamiteuse jouant sur la peur et les mensonges.

Noir ou blanc, avec nous ou contre nous, sandwich au caca ou poire à lavement, ce genre de référendum est avant tout un appel à la fermeture d’esprit, à écraser les minorités d’opinion, à caricaturer sa propre pensée et à tracer une ligne entre 2 parties d’un même peuple.Il est toujours fatalement destiné à être détourné de sa question initiale et finit par transformer le débat public en une guerre civile et de tranchées qui permet tout sauf le dégagement d’un consensus largement accepté qui est pourtant la seule voie raisonnable face aux grandes questions. Ce que tue ce genre de référendum, c’est avant tout la nuance car elle réduit le peuple à un cerveau ne voyant aucune autre solution que 2 bulletins radicaux. Les français habitués au pathétique exercice du 2nd tour de la présidentielle devraient savoir à quel point l’exercice est stérile et bien peu sain.

Mais tous les référendums ne se valent pas. Celui sur l’aéroport de Notre Dame des Landes aura des conséquences moins importantes mais il n’est pas pour autant plus sain. Réduit à un périmètre volontairement avantageux pour le gouvernement, l’analyse du vote prouve, comme le soulignait très justement l’humoriste Sophia Aram sur France Inter, que grosso modo les gens ont voté pour savoir si ils voulaient bien d’un aéroport à côté (majorité de NON) ou loin mais accessible depuis chez eux (majorité de OUI). Qui plus est, ce référendum démontre les limites de ce genre d’exercice puisqu’il n’est au final que l’expression actuelle d’une population à la délimitation plus que contestable. Un sondage nous en aurait appris quasiment autant tout en coûtant bien moins cher. Qui ira croire que cela suffira à enlever la détermination de deux camps se détestant depuis des dizaines d’années ?

Une expression politique dit « Les référendums, on en fait plusieurs fois par an ou une fois tous les cent ans ». Sages paroles. Car si l’on en est à considérer le résultat du référendum local sur NDDL, il est fort tentant de renvoyer la balle au premier Ministre en avançant que puisqu’il est si attentif aux désirs du peuple, pourquoi ne ferait-il pas la même chose pour, allez au hasard, la loi El Khomri ?

Tel est le tragique destin de la démocratie directe qui n’a pas assez de poids lorsqu’elle s’exprime au niveau local et qui demeure beaucoup trop dangereuse pour l’unité du pays lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur des enjeux capitaux pour la nation. La politique est un exercice complexe, il l’est d’autant plus avec la mondialisation forcée des forces économiques, à ce titre la simplicité actuelle des référendums est tout sauf une solution magique à nos problèmes. A la place de ces guerres intestines et de ces chamailleries de bulletin, il serait en revanche beaucoup plus moderne et constructif de renforcer plutôt que de détruire les lieux de dialogue et de représentations ainsi que les corps intermédiaires. Remettre de l’huile dans les rouages plutôt que sur le feu.

1 comment for “Les réferendums ne sont pas une solution magique.

  1. Gawam
    30 juin 2016 at 5 h 59 min

    Je pense que tu oublies deux éléments d’importance, très liés, pour aussi expliquer le désamour des politiques envers le référendum. Celui de 2005 en est un bon exemple trouvant, à mes yeux, une bonne excuse pour un vote parlementaire.

    Depuis le départ De Gaulle, chaque référendum est soumis à une démission. Le dirigeant remet son mandat en cause lorsqu’il pose une question, comme si ce simple fait était un aveu de faiblesse. Il devrait alors obtenir le plébiscite, ou se retirer. Il est tout de même étrange de considérer que dans une démocratie, il soit impossible de poser une question, à tout moment, au peuple. Avec cela, vient le deuxième élément. Puisque le peuple sait qu’il y a démission, alors il ne vote plus en considérant la question, mais bien en considérant la personne ou le pouvoir qui pose la question.

    En 2005, combien se sont réellement exprimé sur la question ? Difficile de prétendre que le résultat final en serait différent, mais tout de même… Alors forcément, lorsque vient l’idée d’un nouveau vote, on ne commet plus les mêmes erreurs.

    Je le rappelais récemment, si les peuples font n’importe quoi du peu de pouvoir qu’on leur accorde (phrase étrange en démocratie mais tellement réelle), il ne faut pas s’étonner ensuite de le voir toujours plus s’amoindrir.

    Pour le reste, je suis globalement d’accord. Le référendum n’est pas cohérent dans une Ve République présidentielle, et dans un pays ou le sens du compromis politique est inexistant. Comme tu le rappelles, l’élection elle-même résulte d’un choix entre deux opposés, et la suite du quinquennat est identique. Peu d’accords, peu de discussion… Mais beaucoup d’avis tranchant et radicaux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *