La défaite d’Hillary Clinton.

 

Ambiance post Election Day

Ambiance post Election Day

L’avertissement du Brexit n’ayant pas suffi, la colère et la rage ont donc mal guidés les votes des électeurs américains qui ont élu à la Présidence un piètre être humain dont une bonne partie du programme navigue entre le scandaleux et le ridicule et dont une grande partie des enquêtes menées sur lui par des journalistes conduisent à la conclusion que son comportement passé n’est pas digne de la fonction. Hillary Clinton l’était elle pour autant ? Tout dépend de votre échelle de valeurs mais des 2 maux, elle était, sans peu de doute possible, la moins pire. Et pourtant, elle a perdu. Parce qu’aujourd’hui les élites perdent. Parce qu’ils perdent en continu dès lors que le peuple aperçoit une alternative crédible pour leur adresser un doigt d’honneur dont je me permettrais de dire qu’elles ne l’ont pas complètement démérité.

Les raisons de cette colère sont évidemment multiples. Elles vont des plus exécrables (la revanche des réacs sur les progressistes, le racisme, la xénophobie, le sexisme et tant d’autres) aux plus compréhensibles comme l’impasse et les angoisses de toute une frange de la population qui se retrouve sincèrement dépassé par son isolement géographique, la mondialisation économique ou plus simplement par le sentiment diffus mais loin d’être fantasmé d’un fort mépris de la classe dirigeante contre eux et les lois. Au fur et à mesure de la soirée électorale, on ne peut que constater quand on regarde la carte des comtés que Clinton était un rat des villes qui s’est fait dompter par le rat des champs.

A ce sujet, je vous conseille cet article de Cracked sur comment on fabrique du vote Trump : http://www.cracked.com/blog/6-reasons-trumps-rise-that-no-one-talks-about/

Mais les deux rats n’ont pas fait que se battre comme d’habitude, ils se sont longtemps fait face avant et leurs yeux étaient remplis de la haine de celui qui est convaincu que l’autre veut piquer son fromage. Car chacun des deux vit sa vie différemment et même face à la même arène, ils ne la voient pas de la même façon.

 

« On a toutes les raisons de trembler, mais il n’est pas interdit de chercher à comprendre. »

Daniel Schneiderman, le « 9h15 » du 09/11/2016 – Arrêt sur Images

 

Les USA comme bon nombre de démocraties actuelles ne sont pas que divisés, 2 parties du pays, elles mêmes largement divisés en interne, sont littéralement déconnectés, aveugles à l’autre, incapables de parler la même langue alors qu’ils ont les mêmes mots et il paraît aujourd’hui difficile voire quasiment impossible, que ce soit ici ou là bas, d’espérer que la classe politique ait la vision et le courage de penser un nouveau système qui accompagne la lente et douloureuse chute de la mondialisation et qui pourrait raccommoder les plaies, corriger les bugs des logiciels idéologique et relancer la machine à croire en un gouvernement. L’économie, elle, peut se passer de l’avis de ses ressources humaines tant qu’elle demeure le seul moyen légal de subsistance mais les bulletins de vote sont toujours là. Pour le moment.

Réveil difficile

Ce qui se révèle aussi sous l’effet de cette défaite d’une pure chouchou de la presse américaine est l’éclatement violent de la bulle de confort intellectuel, sorte de défense pavlovienne, qui nous faisait nous dire que ça passerait encore. Non, ça ne passe plus. Pour de bonnes raisons, pour de mauvaises raisons, peu importe au final, il va nous falloir apprendre à deal with it . Faisons avec car au final, on en revient au même mantra : ça ne passe plus. Pire, ça ne passera sûrement plus avant un bon moment. Et ceci aura pour conséquence dramatique, au moins aux USA, de mettre un coup de frein à la vague culturelle progressiste. Pour autant, cela forcera t’il le politique à se recentrer sur ce qu’il n’a jamais voulu attaquer de front : la répartition des richesses et la sécurité économique. Rien n’est moins sûr mais à défaut, pire viendra et gagnera à nouveau. Jusqu’à ce que le message soit entendu ou qu’une explosion trop forte vienne mettre fin à la fête.

D’ailleurs, en parlant des oubliés en colère, impossible même à l’autre bout de l’Atlantique, de ne pas penser à ces millions d’hommes et de femmes effrayés en ce moment à l’idée de se réveiller dans un pays qui les a majoritairement rejetés et qui vont être aujourd’hui dirigés par un homme qui n’a que comme message pour eux que le rejet. Ces gens angoissent, pleurent et sont probablement en train de chercher les mots pour expliquer à leurs enfants voire se désespèrent à tel point qu’ils envisagent de quitter leur pays. Une souffrance invisible, raciale et dont le tourbillon risque fort de faire mal à une société américaine déjà fortement instable.

Car après tout comment éduquer proprement les générations suivantes quand les hymnes cinglants de nos campagnes ne raisonnent que de fausses notes, de fausses vérités tout faites, de propagande idiote qui remplit les flux des réseaux sociaux comme la peste.

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Et tant qu’à être défaitiste, on peut se poser cette autre question : Est-ce que pour autant Sanders aurait pu gagner ? Nous n’aurons jamais la réponse. L’homme de gauche que je suis veut croire que oui mais je croyais aussi la défaite de Clinton improbable donc bon.

See you next time !

Reste aussi à savoir maintenant si ce résultat peut avoir un impact sur les votes français. Très probablement mais nul ne sait encore aujourd’hui lequel. Voilà, dis comme cela, on est pas bien avancé mais après tout ne vient-on pas de faire un grand recul. Creusons un peu quand même.  Et en toute logique, le prochain scrutin à .. scruter (oui) sera la primaire de la droite et Clinton vient d’envoyer un sacré croche pied. En effet, si Sarkozy gagne, il sera conforté dans sa campagne démago et brutal tandis que même gagnant, rien ne pourra empêcher Juppé de craindre d’être le Clinton français. Mais en portant le raisonnement plus proche de la présidentielle, rappelons nous qu’en 2012, Mélenchon avait échoué largement en voulant s’imposer en challenger du FN. Il finit loin derrière mais en prévenant « A un moment donné, ce sera eux ou nous. ».

Ce moment sera t’il 2017 ?  En ces moments de débâcle de la social-démocratie accommodante et des libéraux de tout bords, il n’est pas fou de le penser même si au vu des sondages publiés, donnant au FN une très large marge d’avance la gauche, cela peut se surtout révéler cauchemardesque. Toutefois, quitte à se laisse porter, finissons sur une note enthousiaste en espérant que, puisque désormais tout est possible, ne pourrait-on pas envisager pour une fois faire profiter la gauche « insoumise » et l’écologie de cette grogne électorale de fond ? Ce serait beau comme le rêve américain.

Allez, je vous laisse pour cette fois et n’oubliez pas de vous faire un petit plaisir car comme l’a dit très justement Stephen Colbert, « la campagne est finie et vous y avez survécu » C’est déjà une petite victoire en soi.

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