Les abstentionnistes ne sont pas nos ennemis.

Mais si tu dois voter !

Mais si tu dois voter !

La surprise électorale américaine a donné le moral au FN et à Sarkozy et, conséquence immédiate, on a vu fleurir sur les réseaux sociaux des appels à s’inscrire et à voter en France pour éviter que ça se reproduise. Autant la démarche d’encourager les gens à s’inscrire sur les listes électorales, processus pas si évident que cela pour tout le monde, me paraît saine, autant l’incitation à voter me paraît incongrue. La démarche est même contre-productive de mon point de vue car on tombe en plein dans ce que l’excellent dessinateur de BD Boulet appelle l’effet « Connard de gosse ». Non seulement, cela ne fonctionne pas parce que l’abstentionniste est, comme beaucoup d’entre nous, allergique aux discours paternalistes mais aussi car proclamer un comportement obligatoire apparaît paradoxal quand on prétend défendre la liberté.

De plus, culpabiliser les gens pouvait fonctionner en 2002 quand la surprise était là et que grosso modo le FN n’était pas bien préparé mais après un mandat de chacun des 2 grands partis, il apparaît déjà bien dépassé d’en appeler au vote obligatoire. Si en plus celui ci doit être « utile », on devient alors non seulement ringard mais surtout cette figure hautaine et empli de mépris qui fait le bonheur électoral des candidats du repli sur soi.

Comment donc convaincre ?

Pour ma part, plutôt que d’encourager les gens à voter ou forcer la discussion, sans faire parti de la France insoumise (que ce nom est mauvais, putain), je préfère défendre un discours politique proche de celui de Jean-Luc Mélenchon comme je le fais sur ce blog ou sur d’autres réseaux sociaux. Les événements récents le prouvent, quand ils se sentent concernés les gens parlent politique et c’est dans ces moments là qu’un discours consistant à expliquer les idées en lesquelles on croit a le plus de sens. Bien sûr, tout cela doit se faire avec précaution et tout en ne cachant pas son engagement car un propos est toujours plus pertinent si vous savez d’où celle/celui qui le tient parle. Le tout en essayant de garder un recul critique sur « son » candidat.

Avoir une attitude ouverte est, à mon sens, la meilleure réponse à apporter lorsqu’on discute avec quelqu’un qui ne souhaite pas/plus voter car il ne faut jamais perdre à l’esprit que de la même façon qu’un électeur peut changer d’avis, un abstentionniste est un potentiel futur électeur. De la même façon, même si il ne vote pas, cela n’est en aucun cas une excuse pour refuser à priori d’entendre le discours d’un abstentionniste. Il faut donc traiter son discours de la même façon que toute parole politique et donc être également en position de le réfuter. A titre personnel, je suis en désaccord complet avec l’abstentionnisme militant car il représente pour moi une impasse en tout point.

Toutefois, cela dit, si il est stupide de prétendre coupable les abstentionnistes pour les résultats d’une élection, il l’est tout autant de dénoncer comme complice du « système » ceux qui se sont rendus aux urnes. Déja, car c’est faire insulte pour ceux qui se sont déplacés pour voter blanc mais ensuite car la transformation de notre système démocratique ne pourra se passer paisiblement que si elle est comprise et acceptée par une majorité de citoyens. La méthode est lente, parfois inefficace, parfois injuste mais elle a le mérite d’éviter le moindre coup de feu. Certes, la politique est loin d’être un noble art et la Vème République craque d’un peu partout mais il ne faut pas oublier que les lois ne s’obtiennent pas qu’au travers les élections.

"Mais si, il faut voter PS ou LR, on a pas le choix !"

« Mais si, il faut voter PS ou LR, on a pas le choix ! »

Que nous reste t’il ?

Beaucoup de citoyens ont soif de changement mais il ne faut jamais oublier qu’ils ont des tas de moyens d’influencer la marche des institutions. Que ce soit au niveau local ou au niveau national, les initiatives citoyennes ne sont pas condamnés à n’être qu’un conte intellectuel rassurant et peuvent faire la différence si elles savent s’imposer. Là encore, la méthode est lente et parfois désespérante mais elle correspond beaucoup plus à notre époque et a l’immense mérite de secouer un peu le mammouth politique. Surtout elle a la capacité de mettre ensemble des électeurs et des abstentionnistes et d’imposer son propre tempo. A son propre niveau, le regroupement « La Presse Libre » en est un bon exemple et difficile, malgré tous les doutes, de ne pas penser que Nuit Debout fut un mouvement intéressant.

Toutefois, la réelle et grande difficulté auquel se trouvent confrontés ces mouvements et qu’aucun d’entre eux n’a réellement pu dépasser est l’intégration d’une diversité de population, notamment isolée. La plupart de l’actualité politique et médiatique est concentrée autour des grandes villes, la mondialisation a impacté les entreprises qui faisait l’emploi et le commerce de nombreux endroits et le numérique est loin d’avoir remis les populations à égalité et diminue la part de travail disponible.  De la même façon, la voix de nombreuses minorités est mise à l’écart. L’ignorance de ces phénomènes d’exclusion se payent déjà dans les urnes et c’est une erreur à ne pas reproduire dans des mouvements qui se veulent alternatifs.

Bref, il reste tant de choses à faire et si les élections seules ne nous apporteront pas toutes les solutions, elles peuvent aider à accélérer les choses. Mais pour l’emporter, il va falloir aussi compter sur des gens qui n’y vont plus ou qui y vont sans conviction. Disons le, pour la gauche que je soutiens, c’est loin , très loin, d’être gagné. Beaucoup de ces personnes là sont parfois tellement fatiguées et en colère que nous n’arriverons à rien si nous ne pennons pas le temps de les écouter. La méthode est lente, parfois inefficace mais c’est là notre seule chance d’arriver à convaincre un jour ces personnes qu’une solution existe et qu’elle est atteignable sans passer par le repli sur soi et le nationalisme.

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