Macron, gouverner centre et ainés.

Pour passer outre les rigidités d’appareils, Macron a décidé d’utiliser l’avantage que lui confère sa récente élection en adoptant la stratégie du blitzkrieg et en formant un gouvernement d’union des libéraux. Jusque là répartis en 3 camps, la « seconde gauche » , le centre et la droite non conservatrice, ces personnes, qui ne s’opposaient plus qu’à travers les étiquettes et dont les rapprochements nombreux ont nourris pendant des années le refrain entêtant et conspirationniste de l’UMPS cher au FN, se retrouvent finalement aux manettes du pays. Reste encore à dégager une majorité parlementaire mais en apparaissant ainsi unis, il fait peu de doute qu’ils sauront tirer parti des élections législatives dont le mode de scrutin majoritaire à 2 tours favorise violemment le camp le plus rassemblé.

On pourrait passer des heures à déblatérer sur tel homme ou telle femme mais faute de savoir jusqu’à quel degré de libéralisme économique le pays va devoir subir, difficile de tirer une leçon en ignorant le degré d’influence de chaque ministre. Macron est un peu comme ce nouveau PDG qui vient de débarquer avec une nouvelle équipe. Notons tout de même quelques fautes de goût : la nomination de Darmanin qui reste à mes yeux incompréhensibles tant Macron n’avait en rien besoin de céder quoi que ce soit à la Manif pour Tous (ou alors les débauchages à droite ont été plus difficiles que prévu), la parité qui n’est d’apparat tant le décalage est criant entre hommes et femmes au niveau des responsabilités, la nomination de Goulard dont on se demande ce qu’elle fout à la Défense et l’absence de contrepoids dans les ministères ayant un quasi-monopole de la gestion des finances. En dehors de ça, on est loin des folies sarkozyiennes (genre Dati ou Morano) ou des caches misères à la Hollande (on pense à toi ministère du redressement productif) et ce n’est franchement pas plus mal en fin de compte. Autre soulagement, le numérique et les sujets de renseignements devraient échapper aux délires de ces dernières années. Enfin, difficile de voir dans ce gouvernement un regroupement de conservateurs au niveau sociétal, il n’est donc pas exclu que des progrès soient enfin réalisés sur des questions comme celles du handicap, des LGBT, du racisme et de la xénophobie. Tout dépendra aussi de la capacité de la société civile (la vraie) à ne pas lâcher ces sujets.

Et maintenant ? Maintenant, il est urgent d’attendre de voir si LR va comme le PS imploser sous le poids des coups de Macron ou si il résistera suffisamment pour s’imposer dans de nombreuses circonscriptions. Maintenant, il est urgent d’attendre de voir si La France Insoumise réussira son pari de s’imposer en remplaçant du PS ou si le reste de la gauche arrivera à survivre. Dans les deux cas, les scénarios ne sont pas terribles pour la gauche : soit FI tirera son épingle du jeu mais peut difficilement espérer dépasser quelques dizaines de députés et devra s’ouvrir malgré les rancunes, soit la gauche explosera façon puzzle laissant aux forces réactionnaires le monopole de l’opposition parlementaire audible et le financement public. Maintenant, il est aussi urgent d’attendre de voir combien de députés FN sortiront des urnes. Difficile de croire qu’il n’y en aura pas là aussi quelques dizaines tant une bonne partie du Nord et du Sud Est semblent fortement atteints par le phénomène.

Mais au-delà de ces problématiques électorales, la bonne nouvelle est que Macron aura forcé les libéraux adeptes de la Vème République institutionnellement autoritaire, de la rigueur budgétaire, de la mondialisation heureuse et de l’Union Européenne à sortir du bois pour enfin accepter de défendre ensemble leurs idées. Car c’est avant tout cela le gouvernement Macron, un rassemblement pro-business qui ne veut pas remettre en cause (ou alors à la marge) les règles du marché et qui défend un modèle basé sur la réussite de chacun plutôt que sur le rassemblement de tous. On pourrait les caricaturer en « gagnants de la mondialisation » (rhétorique zemourienne), ce serait beaucoup trop réducteur car ce groupe-là n’est pas assez nombreux pour s’imposer en lui-même et il n’a pu accéder au pouvoir que parce qu’il a su convaincre une large partie de la classe moyenne urbanisée et intégrée (mais pas que) que son modèle garderait à la fois des protections minimales et un ascenseur social ouvert. C’est ce positionnement qui lui vaut aussi une très large adhésion de la presse et notamment de son éditocratie.

Combattre cela en rappelant la nécessite d’un rééquilibrage social et d’une exigence écologique forte  est, en partie, la future mission de la gauche si elle souhaite un jour gouverner et échapper enfin au dilemme libéraux vs réactionnaires. Le chemin sera long et sans me faire aucune illusion sur la portée de ce blog, j’espère modestement y contribuer sans perdre ma liberté de blâmer ni de faire des éloges flatteurs durant ces 5 prochaines années.

 

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